Et si ces exécutants se rémunèrent sur la bête, leurs commanditaires, eux, la dévorent. Le système est si bien rodé que plus la dette s'accroît et plus le pays s'épuise, plus ils festoient.
« Alors chers frères, avec le soutien de tous, avec le soutien de tous, nous pourrons faire la paix chez nous. Nous pourrons également utiliser ces immenses potentialités pour développer l'Afrique parce que notre sol, notre sous-sol sont riches, nous avons suffisamment de bras et nous avons un marché immense très vaste du nord au sud de l'est à l'ouest, nous avons suffisamment de capacités intellectuelles pour créer ou tout au moins prendre la technologie et la science partout où nous pourrons les trouver. »
C'est sans doute ce qui a animé les trois pays de l'Alliance des États du Sahel (AES) — le Mali, le Niger et le Burkina Faso — quand, à partir de 2023, soit 40 ans plus tard, ils ont décidé de reprendre leur destin en main en se défaisant de leurs liens avec l'Occident, dont la France. Devenir indépendants face à la prédation financière et à l'économie de rente, tel est de nouveau leur défi.
À croire que ce qui a été perdu d'un côté est regagné de l'autre, car de ce côté-ci de la Méditerranée, voici la réalité :
Debita, debere es
À notre tour de devoir relever ce même défi, puisqu'aujourd'hui en France, avec 3 500 milliards d'euros de dette publique et 4 500 milliards de dette privée pour un PIB d'à peine 3 000 milliards, le constat est édifiant : c'est l'inflation, la hausse des taux, la banqueroute, la guerre de tous contre tous.
Mais comment en sommes-nous arrivés là ?
Face à ce désastre, la classe politique détourne le regard. À gauche, on se résigne à l'effondrement : « tout merde normalement » ; à droite, on somme le peuple de s'en remettre aux « experts » ; au centre, on assure que la situation est sous contrôle. En vérité, tous communient dans la même orthodoxie du capitalisme financier : adorateurs de la main invisible pour les uns, apôtres de la destruction créatrice pour les autres.
« Quoi qu'il en coûte, la dette sera honorée, le principal comme les intérêts ! », jurent-ils l'air affable et l'appétit cannibale.
Mais puisque les caisses sont vides, c'est sur nous qu'ils prélèveront. En guise d'intérêts, ils exigeront la liquidation de ce qui nous reste : notre école, notre système de santé, notre intimité, nos liens sociaux et iront jusqu'à marchandiser nos propres corps. Et pour solder le principal, les voilà prêts au sacrifice ultime : la guerre.
Guerre du pétrole, des matières premières, du climat,
Guerre à la Russie, guerre à l'Iran, guerre à la Chine.
Maintenant que l'on connaît le sort que nous réservent nos piètres dirigeants face à des créanciers avides de liquidités, quel moyen nous reste-t-il pour briser le cycle infernal d'une dette attachée à ses guerres permanentes ?
À l'heure de tous les dangers — militaires, économiques, climatiques —, comment rappeler à l'ordre ces « possédants possédés par ce qu'ils possèdent » ?
Faire comprendre qu'une troisième voie est possible, que la répudiation des dettes vaut mieux que l'effacement du monde dans un conflit nucléaire. Et pour ce rappel à l'ordre, qui mieux que le général de Gaulle nous invitant à la « détente, l'entente et la coopération » ?
Prononcé le 1ᵉʳ septembre 1966 — il y a donc 60 ans — devant 200 000 personnes, le discours de Phnom Penh est un chef-d'œuvre de diplomatie.
En défendant le non-alignement et l'indépendance de la France, de Gaulle y critique l'interventionnisme américain au Vietnam tout en saluant les valeurs démocratiques des États-Unis.
Perçus à l'époque comme une trahison par Washington, ses avertissements visionnaires se sont avérés justes, ouvrant la voie aux négociations engagées à Paris dès 1968. Aujourd'hui, la portée de ce discours reste d'une actualité frappante.
Cliquez sur l'image pour écouter le discours
Relevons le défi dans lequel l'AES s'est lancée : les 130 Glorieuses sont possibles là-bas comme ici !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Les commentaires sont modérés