Sortir de l'oeil du cyclone

Ils traînent cette dette comme un boulet depuis des années, un fardeau qu'ils n'ont cessé d'alourdir au fil de leurs combines. Leur parcours prouve pourtant qu'ils ne manquent pas de compétences, ce qui les rend pleinement responsables.

Et si ces exécutants se rémunèrent sur la bête, leurs commanditaires, eux, la dévorent. Le système est si bien rodé que plus la dette s'accroît et plus le pays s'épuise, plus ils festoient.

Ce système, c'est le monétarisme anglo-américain. Les donneurs d'ordre siègent à la City et à Wall Street, tandis que leurs relais s'affichent à nos côtés - politiques, banquiers, conseillers ou experts.

Un microcosme que certains à l'étranger qualifient sans détour de « classe Epstein », résumant à lui seul ce poison fait de tripotages, de mainmises et de décadence.

En effet, nul ne peut dire aujourd'hui qu'il ne savait pas. En 2027, cela fera exactement quarante ans que le propos nous a été apporté depuis « la terre des hommes intègres* » par le capitaine Thomas Sankara. 

   Cliquez sur l'image pour écouter le discours

Addis Abéba, sommet de l'OUA le 29 juillet 1987 : « [..] La dette ne peut pas être remboursée parce que d'abord, si nous ne payons pas, les bailleurs de fonds ne mourront pas, soyons en sûrs. Par contre si nous payons, c'est nous qui allons mourir, soyons en sûrs également. Ceux qui nous ont amené, ceux qui nous ont conduit à l'endettement, on joué comme dans un casino, quand qu'ils gagnaient il n'y avait point de débat, maintenant qu'ils ont perdu au jeu, ils nous exigent le remboursement. Et on parle de crise, Non Monsieur le Président, ils ont joué, ils ont perdu, c'est la règle du jeu. La vie continue. » (applaudissements)

      Version écrite ici > discours sur la dette


Le 15 octobre 1987, tout juste deux mois après son discours au sommet de l'OUA à Addis-Abéba, le président du Burkina Faso sera tué lors d'un coup d'État dans lequel 12 de ses compagnons trouveront également la mort.

Cependant, gardons en mémoire, outre la grande lucidité du jeune capitaine et sa foi en un avenir meilleur, son optimisme bienveillant :
« Alors chers frères, avec le soutien de tous, avec le soutien de tous, nous pourrons faire la paix chez nous. Nous pourrons également utiliser ces immenses potentialités pour développer l'Afrique parce que notre sol, notre sous-sol sont riches, nous avons suffisamment de bras et nous avons un marché immense très vaste du nord au sud de l'est à l'ouest, nous avons suffisamment de capacités intellectuelles pour créer ou tout au moins prendre la technologie et la science partout où nous pourrons les trouver. »

C'est sans doute ce qui a animé les trois pays de l'Alliance des États du Sahel (AES) — le Mali, le Niger et le Burkina Faso — quand, à partir de 2023, soit 40 ans plus tard, ils ont décidé de reprendre leur destin en main en se défaisant de leurs liens avec l'Occident, dont la France. Devenir indépendants face à la prédation financière et à l'économie de rente, tel est de nouveau leur défi.

À croire que ce qui a été perdu d'un côté est regagné de l'autre, car de ce côté-ci de la Méditerranée, voici la réalité : 


Debita, debere es

À notre tour de devoir relever ce même défi, puisqu'aujourd'hui en France, avec 3 500 milliards d'euros de dette publique et 4 500 milliards de dette privée pour un PIB d'à peine 3 000 milliards, le constat est édifiant : c'est l'inflation, la hausse des taux, la banqueroute, la guerre de tous contre tous.

Mais comment en sommes-nous arrivés là ?

La réponse tient à l'article 123 du traité de Lisbonne (ex-article 104 du traité de Maastricht) et se résume en quatre mécaniques de destruction : l'abandon de la séparation des activités bancaires, la dérégulation des mouvements de capitaux, l'optimisation fiscale et l'évasion fiscales.

Face à ce désastre, la classe politique détourne le regard. À gauche, on se résigne à l'effondrement : « tout merde normalement » ; à droite, on somme le peuple de s'en remettre aux « experts » ; au centre, on assure que la situation est sous contrôle. En vérité, tous communient dans la même orthodoxie du capitalisme financier : adorateurs de la main invisible pour les uns, apôtres de la destruction créatrice pour les autres. 

« Quoi qu'il en coûte, la dette sera honorée, le principal comme les intérêts ! », jurent-ils l'air affable et l'appétit cannibale.

Mais puisque les caisses sont vides, c'est sur nous qu'ils prélèveront. En guise d'intérêts, ils exigeront la liquidation de ce qui nous reste : notre école, notre système de santé, notre intimité, nos liens sociaux et iront jusqu'à marchandiser nos propres corps. Et pour solder le principal, les voilà prêts au sacrifice ultime : la guerre.

Guerre de la faim, de territoires, de religion,
Guerre aux gilets jaunes, aux agriculteurs, aux immigrés,
Guerre du pétrole, des matières premières, du climat,
Guerre à la Russie, guerre à l'Iran, guerre à la Chine.

Que ne feraient-ils pas pour cacher leur faillite ?

En effet, nous voilà accoquinés à un triptyque de belligérants — UK-UE-USA — qui recrutent, forment et se réarment, et c'est à qui proposera la meilleure formule magique pour nuire le plus possible. Voyez plutôt : Force expéditionnaire conjointe (JEF), coalition des volontaires, Facilité européenne pour la paix, OTAN, manœuvres militaires, sanctions, gel d'avoirs, etc. 

Sans compter que les États-Unis cachent 40 000 milliards de dollars de dette derrière l'exploitation d'environ 800 sites et bases militaires à l'étranger, répartis dans plus de 80 pays et territoires. 


La dette, quelle dette ? Ce n'est pas la nôtre, c'est la leur ! 

Maintenant que l'on connaît le sort que nous réservent nos piètres dirigeants face à des créanciers avides de liquidités, quel moyen nous reste-t-il pour briser le cycle infernal d'une dette attachée à ses guerres permanentes ?

À l'heure de tous les dangers — militaires, économiques, climatiques —, comment rappeler à l'ordre ces « possédants possédés par ce qu'ils possèdent » ?

Faire comprendre qu'une troisième voie est possible, que la répudiation des dettes vaut mieux que l'effacement du monde dans un conflit nucléaire. Et pour ce rappel à l'ordre, qui mieux que le général de Gaulle nous invitant à la « détente, l'entente et la coopération » ?

Prononcé le 1ᵉʳ septembre 1966 — il y a donc 60 ans — devant 200 000 personnes, le discours de Phnom Penh est un chef-d'œuvre de diplomatie.

En défendant le non-alignement et l'indépendance de la France, de Gaulle y critique l'interventionnisme américain au Vietnam tout en saluant les valeurs démocratiques des États-Unis.

Perçus à l'époque comme une trahison par Washington, ses avertissements visionnaires se sont avérés justes, ouvrant la voie aux négociations engagées à Paris dès 1968. Aujourd'hui, la portée de ce discours reste d'une actualité frappante. 

Cliquez sur l'image pour écouter le discours


Le Général de Gaulle prononce devant plus de 200 000 personnes le "Discours de Phnom-Penh"


Alors sortir de la torpeur générée en continu par une succession d'évènements dramatiques, sociétaux ou géopolitiques, voila la mission. Des frayeurs qui nous figent dans l'immobilisme du calme avant la tempête ? Certes, mais en gardant le cap de la paix par le développement, l'avenir est bien plus prometeur.

Relevons le défi dans lequel l'AES s'est lancée : les 130 Glorieuses sont possibles là-bas comme ici ! 


[A noter : Sankara et de Gaulle font un discours sans ... prompteur ni document. La classe !]




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