Quoique vous traitiez de politique dans la rue, si cela ne provient pas d'un parti prépondérant, on vous demandera forcément tôt ou tard de quel bord vous êtes.
Vous pouvez répondre que le clivage gauche-droite est mort, que les six bords (gauche, droite, centre et leurs extrêmes) se partagent les pouvoirs depuis 40 ans sans que la situation ne se soit améliorée. Finalement, ce qui compte pour ce pouvoir et ses relais, c'est de diviser pour mieux régner, alors que le plus important ce sont les idées. De fait le débat de fond n'a jamais lieu car on ne parle généralement que sociétale. De ce point de vue là, il peut y avoir de bonnes comme de très mauvaises propositions de part et d'autre, d'où l'impératif de devenir ou redevenir un être pensant plutôt que d'agir par réflexe.
Et même si vous parlez avec tout votre coeur et tout votre intellect, il faudra à votre interlocuteur un appui électronique pour le conforter voire le réconforter. Un appui qu'il trouvera auprès du dieu Google ou de ses acolytes, preuves de l'occupation culturelle insidieuse que nous subissons.
A cela il pourra vous être rétorqué : « Qu'importent les résultats de la recherche, on pourra se faire une idée de par soi-même... »
Vraiment ?
En 2026, le cerveau d'un Français reste caractérisé par une hyper-sollicitation numérique et une fragmentation de l'attention, où le temps de déconnexion réelle et de vagabondage mental non guidé par un écran est devenu l'une des ressources les plus rares de la journée.
Synthèse de la charge cognitive en 2026 :
Fichtre, ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'IA : Gemini !
Par contre la question est bien de moi : Où se situe la réflexion dans tout cela, par exemple pour réfléchir aux idées politiques ?
Le piège contemporain : la réaction à la place de la réflexion
Dans l'environnement attentionnel actuel (écrans, flux d'actualités continus), la véritable réflexion politique est souvent court-circuitée par la réactivité émotionnelle immédiate (pilotée par l'amygdale).
Au lieu d'effectuer le cycle complet (Information > Incubation > Synthèse), le cerveau est incité à réagir instantanément aux stimuli par de la colère, de l'adhésion ou du rejet. C'est précisément pour cela que la rareté du vagabondage mental non guidé nuit directement à la pensée critique : sans plages de silence attentionnel, le cerveau n'a plus le temps d'interroger la structure du système (monnaie, souveraineté, justice) et se contente de réagir aux symptômes.
Comment se forme une idée politique dans la journée ?
Dans l'emploi du temps cérébral, la réflexion politique se décompose en trois étapes successives :
Pour construire une pensée politique ou philosophique approfondie, le cerveau fait alterner deux réseaux majeurs pilotés par un troisième :
Le Réseau par Défaut (Default Mode Network) : C'est le générateur d'idées, de valeurs et de projections morales. Il s'active quand vous pensez à l'histoire, à la justice sociale, à l'avenir de la société ou à l'éthique. C'est là que réside l'intuition politique de départ.
Le Réseau Exécutif Central (Central Executive Network) : C'est le filtre logique et critique. Il prend le relais pour tester la cohérence de vos idées, analyser des données chiffrées (par exemple, le fonctionnement du Bail-in ou de la création monétaire) et repérer les contradictions.
Le Réseau de Saillance (Salience Network) : Il agit comme un chef d'orchestre en basculant l'attention de l'intuition interne (Réseau par défaut) vers la vérification logique (Réseau exécutif).
Réseau par défaut vs Réseau exécutif central. Source : ResearchGate
Dans cette ambiance, ou plutôt ce système où le temps d'occupation du cerveau est un objectif avéré des grands donneurs de leçons, on comprend mieux pourquoi c'est la main invisible qui, lors d'élections, selon des critères très mystérieux, s'invite pour cataloguer les mouvements politiques dans des nuances tout aussi vaporeuses que dénuées de sens, sauf pour l'Intérieur.
Qu'elle soit grand manitou, Jupiter ou tribun, c'est cette main invisible qui décide de tout pour un chaland décervelé, totalement livré à la déraison. Et pour cause : tout n'est plus que marchandise et statistiques. Illustration avec ces nuances définies par le ministère :
Les résultats : exit le PS, dénommé SOC et le PC, étiqueté COM qui, après le 1er tour se sont rabattus sur les DVD (sacré désistement !), un mixte de LR et d'UC (Union Centriste) ex-DVC. Oui ! C'est une salade composée.
Dès lors que dire de ce DSV pour Droite souverainiste ?
C'est lors de l'inscription à l'élection que l'on vous remet comme s'il s'agisait d'un Graal, la liste des nuances attribuées de facto et difficilement contestables à 15 jours du vote.
Le souverainisme, à mes yeux, c'est servir le Peuple !
Sur quelle base a-t-on décidé que servir le Peuple faisait de moi un homme de droite plutôt que de gauche ? Ma particule ? Mdr.
Pour ma part, j'aime parler des hommes qui ont fait de la France un pays juste et humainement bon. Et je pointe du doigt le système politico-économique dans lequel nous sommes tombés aujourd'hui, qui exclut, domine et tue.
Je comprends les exilés, je veille le mieux possible sur les plus faibles, et j'apprends de mes pairs le droit à la dignité. Je convoque les anciens quand j'ai besoin de leur expérience et je porte l'espoir des Jours Heureux toujours plus en avant et même au-delà de nos frontières autant que cela se puisse.
Ainsi, j'évoque souvent l'état d'esprit westphalien, le « Crédit démocratique » de Jaurès et « l'entente, la détente et la coopération » de de Gaulle face à la prédation financière, la décroissance, la faillite et ses guerres.
Donc, aux esprits étriqués, qui ont besoin d'avoir un positionnement pour exister en s'accrochant à ceux qui pensent pour eux, à ceux que nos amis africains nomment très justement les « hommes perdus », j'accepte la case de souverainiste jaurésien - et pourquoi pas de gauche ?
Alors j'ai contesté par ce courriel à qui de droit :
Sur ma profession de foi, je fais — certes de manière concise, mais visible et compréhensible — référence à Jaurès en parlant du Crédit démocratique. En soi, c'est appeler à une souveraineté financière face au monde de l'argent mondialisé, capitaliste et colonialiste, ce qui ne peut en aucun cas être qualifié de « droite ».La souveraineté que je porte est par essence jaurésienne, car elle ne s'arrête ni aux urnes ni aux frontières, mais s'étend à la sphère économique, c'est-à-dire au droit de contrôle et de propriété sociale des travailleurs sur les moyens de production de tout pays.Par la présente, je revendique donc la nuance « Solidarité et Progrès ».En effet, ce parti politique porté par Jacques Cheminade existe depuis de nombreuses années, ayant notamment conduit les campagnes de ce dernier lors des élections présidentielles de 2012 et de 2017.Pour ma part, ici, dans le Tarn-et-Garonne, j'ai réalisé depuis 2012 toutes mes campagnes électorales — législatives, départementales, municipales et sénatoriales — sous l'étiquette de ce mouvement politique.Au nom de l'équité par rapport aux divers groupes répertoriés dans votre grille des nuances (qui bénéficient souvent de l'acronyme de leur propre organisation), je vous demande donc de bien vouloir attribuer la nuance « Solidarité et Progrès » à ma candidature actuelle qui est une candidature de gauche souveraine, ainsi qu'aux prochaines.De plus, dans la mesure de vos possibilités, je vous saurais gré de faire mentionner cette étiquette pour tout candidat qui se présenterait à une élection en France sous la bannière de ce même parti.En vous remerciant par avance pour votre retour, je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.
En ce qui concerne l'outil de production, rappelons ici l'exemple de la « cotonnade » de Thomas Sankara, président du Burkina Faso lors de son célèbre « Discours sur la dette » (1987)
[..] Le Burkina Faso est venu vous exposer ici la cotonnade, produite au Burkina Faso, tissée au Burkina Faso, cousue au Burkina Faso pour habiller les Burkinabè. Ma délégation et moi-même, nous sommes habillés par nos tisserands, nos paysans. Il n'y a pas un seul fil qui vienne d'Europe ou d'Amérique [..]
Comprendre que sans contrôle de sa monnaie il n'y a pas d'outil de production et donc pas d'emplois dignes, pas d'amélioration de la qualité de vie, pas de Jours Heureux.
C'est le perpétuel besoin de nous faire entrer dans des cases pour des statistiques et des calculs électoraux qui participe à l'éloignement des vrais débats d'idées.
D'ailleurs les maires que j'ai rencontrés sont quasi unanimes, les questions bancaires et financières ne les regardent pas. Leur mairie n'ayant plus de compte en banque, ils ne se fendront pas d'un voeu appelant à la stricte séparation des activités bancaires ou quoi que ce soit du même ordre (nationalisation de la Banque de France, enquête sur la dette etc), ils ne sont pas liés à ce monde-là...
Ces deux pages en sont la preuve, tirées directement du Guide du maire 2026 publié par l'AMF.
Cliquez ici pour accéder au Guide du maire 2026
Analyse du document : Le carcan technique et la dépossession sémantique
En observant attentivement ces deux pages issues du « Guide du Maire 2026 », la réalité de la dépossession politique saute aux yeux. À droite, le titre officiel et républicain. À gauche, le véritable donneur d'ordres qui s'affiche en grand.
La banque ne se présente pas comme un simple prêteur d'argent, elle s'approprie le vocabulaire de l'élu. C'est la preuve de l'ingérence insidieuse des banques privées au cœur même de l'action publique locale.
Le piège démocratique se referme ici, sous l'ombre de l'« article 123 du traité de Lisbonne ». En interdisant aux banques centrales de financer directement les investissements des États, cet article a structurellement livré le public aux marchés financiers privés.
Par capillarité, les communes se retrouvent enchaînées à la dette du pays et à une ambiance de faillite généralisée, contraintes de quémander auprès du Crédit Agricole ou d'autres banques le droit d'investir pour leurs propres citoyens...
Lorsque les maires affirment que « les questions bancaires et financières ne les regardent pas », ils sont donc dans le déni de leur propre quotidien.
Cependant, un conseil municipal dispose d'une compétence juridique claire : il a le droit de délibérer et de voter des « vœux » sur toute question d'intérêt public qui touche la vie de ses administrés. Dès lors, refuser d'adopter un vœu politique fort — comme celui pour une « stricte séparation des activités bancaires » ou celui pour une « véritable enquête sur la légitimité de la dette » — deviendrait une anomalie démocratique.
C'est en acceptant la rhétorique de l'« accompagnement » privé que le politique abdique sa souveraineté financière. D'autant que la complexité administrative sert d'anesthésiant, de même que la novlangue des nuances.
Mais la réalité reste celle d'une tutelle bancaire qui s'affiche sans scrupule sur la page de gauche du manuel des maires.
Du sage qui montre la lune, l'imbécile ne regarde que le doigt.





